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La famille Li

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La biographie résumée de Jacques Lépissier donnée ci-dessous est un extrait résumé de son livre 'De Guénako à Excellence' qui vous est présenté, par ailleurs, sur l'onglet suivant. 

 

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Jacques naît le 26 juillet 1931 à la clinique des Orangers à Alger où son père travaille au Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie, détaché du Crédit Foncier de France.

Il est le fils aîné d'Émile Georges Henri Lépissier et de Simonne Bonlieu.

Jacques n'est pas un inconditionnel des études longues. Il réussit son baccalauréat agricole (un des premiers) et après une formation accélérée dans une école privée obtient un diplôme d'ingénieur technique d'agriculture. 

En 1951, Jacques fait un stage dans un centre de recherches en zootechnie appliquée à l'École d'Agriculture de Courcelles-Chaussy, à l'est de Metz en Moselle. C'est là qu'il rencontre une jeune fille de 15 ans (née le 1er juillet 1935), Marie-Thérèse Picker, dite Mathé, une Franco-suisse (avec un grand-père danois et une grand-mère italienne) venue se reposer chez sa tante Michèle Thibault-Grison. Son oncle Jacques Grison est un cadre de la FAO et à ce titre a passé, entre autres, de nombreuses années à Haïti.

Marie-Thérèse vient d'une fratrie de 10 frères et sœurs aux nationalités variées. Elle est alors danseuse chez Jeanine Solane (1912-2006), figure emblématique de la danse dans les années 1940 : elle a besoin de se reposer après une série de récitals au Palais de Chaillot et surtout à la suite d'un problème rénal qui l'oblige malheureusement à arrêter la danse. 

En 1953/1954, Jacques fait son service militaire au sein du 3ème régiment de Tirailleurs sénégalais au camp de Nador, au nord de Bizerte en Tunisie. Pendant ses permissions, il se rend ses chez parents à Tunis. C'est là qu'il revoit plusieurs fois Mathé, 'officiellement' invitée par les sœurs de Jacques : Mathé reste un bon moment à Tunis, mais quitte la Tunisie en février 1952, du fait du début des troubles liés à la campagne pour l'indépendance du pays, pour aller rejoindre sa mère qui habite le Canada. Jacques et Mathé pensent à leur mariage.

Peu de temps après son service militaire, il rencontre un représentant d'une société française de statut camerounais, la Compagnie Pastorale Africaine (dite La Pastorale ou CPA), qui lui propose un poste d'employé de ranch qui élève des zébus près de N'Gaoundéré, en Adamaoua, en plein centre du Cameroun. Jacques, fils d'un père né en Chine et d'une mère d'une famille d'agriculteurs-éleveurs beaucerons, ne rêve que de partir à l'étranger pour avoir une vie aventureuse, de 'cow-boy', comme dira souvent Mathé en parlant de Jacques. Mais la CPA exige en plus du diplôme d'ingénieur technique en agriculture et d'un service militaire effectué, trois stages (dépannage en mécanique automobile, comptabilité et insémination artificielle bovine). Jacques naturellement se plie à ces conditions et effectue les trois stages demandés. Il se sent donc libre d'épouser Mathé.

La cérémonie de mariage a donc lieu le 19 juin 1954 à Courcelles-Chaussy. Jacques a 22 ans et Mathé 18 ans.

Jacques peut donc signer son contrat d'embauche avec La Pastorale en août 1954 pour partir au Cameroun.

Mais Jacques signe son contrat sans réaliser qu'une clause stipule que tout nouvel employé en Afrique doit passer les 24 premiers mois seul pour apprendre le travail et la langue de sa région d'affectation. 

Le contrat est de deux ans de séjour suivi par quatre mois de congé. Les rotations sur des périodes de 28 mois permettent donc à tous les employés d'avoir tour à tour des congés en France pendant chacune des quatre saisons.

 

Au départ de Jacques pour l'Afrique, le 5 août 1954, 47 jours après son mariage, Mathé reste donc en France et fera des allers-retours entre la France, le Canada et la Tunisie. C'est à cette époque qu'elle tombe gravement malade au point de recevoir l'extrême-onction. Elle parvient cependant à se rétablir et nécessite une longue période de rétablissement.

Jacques arrive donc à Douala le 18 août 1954 et après 10 jours de formation accélérée à Douala rejoint son poste dans une ferme située à 140 km au nord-ouest de Douala, dans les montagnes du Manengouba, au-dessus de N'Kongsamba, où il reste 3 semaines avant d'être expédié à Djuttitsa, une autre ferme située sur la montagne à 30 km au-dessus de Dschang, dans la région de l'Ouest en pays Bamiléké puis à la ferme de Banyo dans la région de l'Adamaoua.

C'est à cette époque qu'il reçoit l'ordre de convoyer, à la fin de la saison des pluies, une vingtaine de groupes de zébus mâles castrés en pleine croissance. Ce convoyage représente une colonne de plus de 3 kilomètres de long qui comprend 2 000 bêtes et 70 hommes. Entre Tignère et les Tchabé Gandaba, le convoi doit parcourir environ deux cent cinquante kilomètres de pistes à bétail durant environ deux semaines. Jacques, à cheval, fait alors vraiment connaissance avec son métier de 'cow-boy', ou de 'guénako' (mot en foufouldé, ou langue peulh, qui veut dire, berger, bouvier, ou pasteur).

Jacques est ensuite nommé, en décembre 1954, au Tchad où la société négocie avec les autorités coloniales une concession de 50 000 hectares pour l'embouche bovine.

Naturellement à son arrivée à Fort-Lamy (aujourd'hui N'Djamena), la capitale du Tchad, il prend contact avec son cousin germain Henri Lépissier qui y est envoyé comme vétérinaire en médecine tropicale au service de l'élevage à Farcha.

Jacques doit explorer (et dresser des cartes), à cheval, avec un collègue qui dirige une autre colonne, un triangle d'environ 80 km de côté entre Massakory, Massaguet et Bisnei. Cette exploration dure 2 ½ mois avant de revenir à Fort-Lamy.

L'administration décide d'une attribution provisoire d'une première parcelle de 5 000 hectares pour 2 ans devant permettre de vérifier la fiabilité des informations collectées lors de la mission de prospection. C'est seulement ensuite que l'administration coloniale admet l'attribution définitive de la parcelle. Une seconde tranche de 5 000 hectares est alors attribuée dans la mesure où les aménagements pastoraux sont effectivement déjà réalisés. Et ainsi de suite.

L'implantation du nouveau ranch se fait à Bachoum (qui signifie 'chacal' en langue kanembu), à 25 km de Massakory. Jacques fait construire pour lui deux paillotes rondes reliées par un large couloir de 6 mètres couvert de paille et bordé latéralement de nattes tressées.

Mais ce séjour au Tchad est de courte durée. En effet, le directeur de l'élevage du Tchad, supérieur hiérarchique d'Henri Lépissier demande au directeur de La Pastorale de déplacer Jacques Lépissier hors de la circonscription vétérinaire sous la responsabilité d'Henri Lépissier afin d'éviter un risque de favoritisme.

 

 

C'est ainsi que Jacques se retrouve une nouvelle fois à N'Gaoundéré au Cameroun. Il est très vite envoyé au ranch de Goungel, à 115 km à l'est de N'Gaoundéré vers la frontière de l'Oubangui-Chari (République Centrafricaine aujourd'hui). C'est le grand ranch de La Pastorale avec 110.000 hectares de plateaux vallonnés, et en 1955, 9 000 têtes de zébus répartis en une centaine de troupeaux.

C'est au début 1955 que, venant de Fort-Lamy, son cousin Henri Lépissier accompagné de sa famille (Monique, Bertrand et Hervé), vient passer quelques jours de vacances avec Jacques.

Le premier séjour de Jacques en Afrique pour La Pastorale dure 23 mois. Il en profite pour construire une case pour Mathé. Il est de retour en France pour son congé en juillet 1956. 

Il repart sur l'Afrique, cette fois-ci accompagné de Mathé, enceinte, en octobre 1956, pour rejoindre le ranch de Goungel. 

 

Le 14 avril 1957 à N'Gaoundéré, naît Annick, leur premier enfant et seule fille. Elle mènera une vie de petite sauvageonne et le chef coutumier de Goungel, proposera même de l'acheter pour la donner en mariage à son fils. 

Le 1er janvier 1960, le Cameroun obtient son indépendance.

   

 

 

Le 21 septembre 1960 naît Denis à N'Gaoundéré et le 28 janvier 1964 naît leur fils Laurent à N'Gaoundéré. Jacques dirige maintenant le ranch de Goungel, mais après 8 ans dans ce lieu il souhaite changer.

 

 1966- Siège de La Pastorale à N'Kongsamba

Fin 1965, Jacques obtient alors une affectation au ranch de N'Kongsamba au sud-ouest du Cameroun, à 1.200 km de Goungel, une région qu'il a connue en 1954 à son arrivée au Cameroun.

La période est difficile, car la révolte des Bamilékés, qui débuta en 1958, n'est toujours pas terminée en 1960. Près de 80 planteurs et colons sont tués par les Bamilékés entre 1959 et 1963.

Cette ferme gère environ 1.000 vaches laitières et la production quotidienne de lait est de 1.000 à 1.200 litres.

De N'Kongsamba, Jacques a également la responsabilité de superviser la ferme de Djuttitsa, spécialisée dans l'élevage de porcs, qu'il a également connu en 1954 où il doit rester une semaine par mois. Compte tenu des gros problèmes de sécurité du fait de la rébellion des Bamilékés, la ferme de Djuttitsa est finalement vendue à un commerçant camerounais.

 Précisons que Jacques parle parfaitement le foufouldé, ou peulh, ainsi que le bororo, ce qui lui facilite grandement son intégration dans ce pays. Il est même interprète assermenté au Cameroun dans ces deux langues. Il se débrouille également en arabe de Tunisie, en langue baya et en m'béré de Centre Afrique et en langues toucouleur et saracolé.

Jacques ne reste pas très longtemps dans cette région. Il est en effet très vite transféré du service de l'élevage de la CPA à la direction générale de la société à Douala où il est nommé fondé de pouvoir de la filiale CPA-Prodel. Jacques se forme à l'activité commerciale dans le secteur de la viande. La famille habite alors dans un grand appartement, au-dessus de la boucherie Pastorale du plateau Joss à Douala. 

 

Jacques, en tant que directeur commercial, doit négocier avec les clients, des grossistes, de la CPA et de la Prodel, des quantités, qualités, prix et conditionnement des viandes. Il doit également mettre au point les allotments (volumes-poids disponibles à bord d'un avion) avec les transporteurs aériens. Mais en tant que commercial, Jacques passe trois semaines par mois hors de chez lui.

C'est à Douala, à la clinique Soppo-Priso, rue des Serpents, que naît Stéphane, le 10 décembre 1965, le quatrième et dernier enfant du couple. Le séjour de la famille à Douala dure deux ans. Elle profite des week-ends pour faire des excursions en brousse. Les difficultés se sont multipliées entre les deux actionnaires. De ce fait, brutalement le contrat de travail de Jacques se trouve rompu : il doit quitter la société en mars 1967, après 13 années passées à la CPA.

La famille rentre alors en France et s'installe dans la propriété familiale à Loury (Loiret). Par l'intermédiaire d'un ami, Jacques rencontre rapidement un industriel qui a fait fortune dans les affrètements.

Ce dernier souhaitant retourner en Afrique et dans l'élevage qu'il avait connu avant la guerre a proposé au gouvernement mauritanien de prendre en charge l'amont et l'aval de l'abattoir de Kaédi, en cours de construction, d'une capacité de réfrigération de 3 000 tonnes de viande par an. C’est-à-dire diriger un réseau d'achat de bétail traditionnel adulte et un ranch de quarantaine pour contrôler l'état du bétail qui doit être envoyé à l'abattoir et créer un réseau d'exportation.

Pour cela, il recherche un directeur général praticien de terrain, pour diriger la future COVIMA (Compagnie de commercialisation des Viandes de Mauritanie) une société d'économie mixte (le gouvernement mauritanien finira par prendre 49% du capital). Cela correspond parfaitement aux compétences de Jacques qui signe son contrat, avec l'accord de Mathé, à la fin de 1967.

Kaédi, capitale de la région de Gorgol en Mauritanie, sur le fleuve Sénégal, n'est pas un poste facile. En 1967, il n'y a de l'eau et de l'électricité que deux heures par jour. Il n'y a que sept postes téléphoniques qui représentent la totalité du réseau urbain et il n'y a aucune possibilité de communication avec l'extérieur.

Jacques doit y ouvrir la COVIMA. Il part donc seul en janvier 1968 pour y faire une étude de faisabilité de préouverture. Il s'installe à l'Hôtel Marhaba de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie.

Mathé et les enfants ne pouvant rester à Loury, elle loue un petit pavillon à Montmorency. Après quelque temps, Mathé et les garçons rejoignent Jacques à Nouakchott, Annick étant restée en pension en France.

 

Après quelques mois à Nouakchott, Mathé et les garçons s'installent à Kaédi, dans une grande maison, simple, mais correctement construite que Jacques a louée.

Tout se passe bien : la société se développe rapidement.

Mais un jour, à l'été 1969, Jacques et convoqué par le préfet de Kaédi qui lui intime l'ordre de quitter le pays sous 48 heures. Le lendemain, Jacques, Mathé et les quatre enfants (Annick les avait rejoints pour les vacances) quittent Kaedi, avec uniquement 120 kg de bagages, avec un petit avion affrété pour l'occasion, à destination de Dakar où son cousin germain Henri Lépissier, le vétérinaire, est installé depuis quelques années.

 Pourquoi ? Que s'est-il passé ? Un des plus gros clients de la COVIMA, souhaitait se développer dans le commerce de la langouste. Il force donc le trait et indique au gouvernement mauritanien qu'il est prêt à acheter 2 000 tonnes de viandes, soit dix fois plus que son contrat présent, s'il obtenait des stocks importants langoustes. Jacques Lépissier est donc accusé d'avoir suggéré à ce client de faire valoir une forte augmentation du volume de vente de viande contre des langoustes ! En fait, les Mauritaniens, le travail de lancement de la société et de l'abattoir étant fait, voulaient être seuls pour continuer à diriger la COVIMA.

Alors que Jacques reste un moment à Dakar chez son cousin Henri Lépissier pour envisager des possibilités de reconversion, Mathé et les trois enfants rentrent en France pour préparer la rentrée scolaire.

Jacques revient un peu plus tard en France et la famille s'installe de nouveau à Loury en juillet 1969. Il trouve un travail temporaire de consultant grâce à un ami anglais, directeur général du secteur francophone d'un groupe international de produits vétérinaires : Jacques doit réaliser une étude dans les abattoirs français, sur les filières d'abattage, contre une faible rémunération. C'est une période difficile pour lui, d'autant plus que son père Émile décède le 27 octobre 1969 lors d'un congé à Loury. 

Il émigre presque en Australie en acceptant une proposition du gouvernement australien qui offrait des concessions (sous certaines conditions) de 5 à 20 000 hectares dans des zones semi-arides. Les billets sur le bateau sont pris, mais au dernier moment en octobre 1969, Jacques et Mahé prennent la décision de ne pas donner suite à ce projet. 

L'Australie ayant été éliminée, Jacques et Mathé souhaitent trouver autre chose à l'étranger. Jacques, poussé par l'oncle de Mathé, Jacques Grison, se tourne alors vers la FAO qui recherche des spécialistes de l'élevage. Il envoie une lettre et se décide d'aller appuyer sa candidature à Rome, siège de la FAO, Via delle terme di Caracalla. Par chance, la FAO recherche un spécialiste de l'élevage pour le Tchad. La FAO, sur la recommandation de Jacques Grison, accepte de proposer sa candidature au gouvernement tchadien. Elle est acceptée. 

 

Début 1970, la FAO lui annonce qu'il doit rejoindre Fort-Lamy sous dix jours. 

Jacques devient responsable du projet U.D.E. (Unité de Développement de l'Élevage). Mathé rejoint Jacques à Fort-Lamy en juin 1970 avec les enfants. Peu de temps après l'arrivée de la famille, le 13 juillet 1970, Jacques tombe dans le coma. Il est atteint de néphrohépatite virale, une sorte de fièvre jaune. Il est évacué en urgence sur l'Hôpital Foch de Paris. Il est sauvé de justesse. Fin septembre, grâce au service social de la FAO, Mathé et les enfants reviennent en France. Mathé distribue les trois aînés dans la famille et va, avec Stéphane, rejoindre Jacques en maison de repos près de Toulouse. Mais si la néphro-hépatite virale est bien soignée, on lui découvre, lors d'un contrôle, une bilharziose importante. Retour à l'Hôpital Foch qui le soigne, mais une nouvelle convalescence de deux mois est alors nécessaire. 

Après cet intermède de 6 ½ mois en France pour raisons médicales, Jacques et sa famille repartent au Tchad début 1971. 

 Après des débuts très lents, la mission décolle. Jacques réussit à obtenir une secrétaire de direction trilingue, des adjoints, un économiste, un agrostologue et un ingénieur des industries laitières. 

C'est à Fort-Lamy, en 1975, qu'au cours d'un jeu de cape et d'épée Stéphane blesse involontairement son frère Laurent à l'œil. Ce dernier éclate avec une hémorragie. Les premiers soins donnés par un chirurgien ophtalmologique de l'hôpital militaire de Fort-Lamy sont de qualité. Mais au cours d'une récréation à l'école un nouveau coup est porté à l'œil de Laurent et un rapatriement à Paris pour une intervention chirurgicale s'avère nécessaire. Le commandant chirurgien de l'hôpital militaire de Fort-Lamy soupçonne une déficience visuelle, car la paupière aurait dû se refermer pour protéger l'œil blessé. Il en déduit que Laurent a peut-être un défaut de vision. Des premiers examens identifièrent effectivement sur le bon œil un champ visuel restreint et irrégulier. Cela laisse supposer une anomalie d'origine génétique et le médecin examine la famille et pense avoir identifié chez Laurent, 10 ans et sur Mathé, 39 ans, une rétinite pigmentaire, maladie de la rétine incurable. Ils apprennent que, si le diagnostic est confirmé, ils risquent de perdre totalement la vue. 

Mathé part à Paris avec Laurent. Des examens confirment alors le diagnostic fait à Fort-Lamy; ils resteront trois mois en France avant de revenir sur le Tchad. Mathé et Laurent perdront effectivement la vue. 

Le projet U.D.E. se développe bien. Il est même prolongé et étoffé. 

C'est à cette période que Mathé et Jacques achètent un grand appartement à Olivet (Loiret) dans la banlieue d'Orléans. 

Fin 1976, Jacques apprend que le siège de la FAO à Rome l'a désigné pour une mission de formulation de projet dans le Centre de la Côte d'Ivoire. La Société d'État pour le Développement des Productions Animales (SODEPRA) désire lancer le programme 'Encadrement et Promotion des Fermes d'Élevage dans le Centre Ivoirien'. Cette mission est un succès.

À telle preuve que la FAO a soumis la candidature de Jacques Lépissier au gouvernement de Côte d'Ivoire pour conduire ce projet, qui l'a immédiatement accepté. Jacques doit partir rapidement pour son nouveau poste à Abidjan où il arrive, seul, fin 1976. 

Jacques repart rapidement sur la France pour un congé de 2 mois durant lequel, avec Mathé et leurs enfants, ils font beaucoup de travaux dans leur appartement d'Olivet pendant l'été 1977. 

 

Jacques repart seul pour la Côte d'Ivoire pour trouver et installer une villa à Bouaké. Mathé et les deux derniers enfants, Laurent et Stéphane, rejoignent Jacques à la fin de l'été. 

Jacques loue effectivement une superbe villa dans le quartier Kennedy un peu excentré, de 5 chambres, 3 salles de bain, un salon de plus de 100 m², salle à manger, grande cuisine, garage et piscine, sur un terrain de 5 000 m² clôturé. 

Professionnellement Jacques est entouré d'une lourde équipe d'experts FAO. À son apogée, le projet comptera 340 personnes. 

C'est à Bouaké que la détérioration de la vision de Mathé commence à se faire sentir : un accident avec un bus, qu'elle n'avait pas vu arriver, est évité de justesse. Depuis cet incident elle ne conduira plus.

La FAO informe Jacques que son séjour en Côte d'Ivoire doit se terminer fin juillet 1980.  

 

  

Début juillet, il va donc à Rome pour remettre son rapport final et s'entend dire qu'il est en retard et que le gouvernement rwandais a donné son accord pour qu'il prenne la suite de la direction du suivi d'un gros projet et qu'il aurait dû être en place à Kigali depuis le 1er juillet. Jacques obtient donc un nouveau contrat de 12 mois renouvelable. Son prédécesseur était resté 5 ans à Kigali, longévité dans un poste assez rare.

 

Kigali, la capitale du Rwanda, surnommé "le pays des mille collines", est située à 1.400 m d'altitude. C'est, à l'époque une petite ville de 60 000 habitants pour un pays de 7 millions d'âmes. Le pays est francophone et Kigali dispose d'une école française, point très positif pour Jacques.

La famille loue une villa en bois, sorte de chalet suisse en partie meublée, accrochée à flanc de la colline Kichukiro à la sortie de Kigali, vers l'aéroport. 

À son apogée, le projet a un personnel local comprenant un vétérinaire, huit ingénieurs agricoles, une assistante sociale, vingt-huit chefs d'équipe et cent soixante employés et manœuvres. Par ailleurs, Jacques est assisté par deux experts, déjà présents à son arrivée, un vétérinaire vulgarisateur belge, une vétérinaire italienne pour l'économie familiale et un économiste italien pour monter le Crédit Mutuel Élevage. Un projet de fabrication d'aliments concentrés permet de réintroduire des éléphants dans la réserve de l'Akagera.

Le Rwanda n'a pas de frontière avec le Kenya, mais n'en est pas très éloigné. L'aéroport de Nairobi est un hub régional et international que Jacques utilisera de temps à autre. C'est lors d'un de ses passages, en 1985/1986 que Jacques déjeune chez Monique et Bertrand Lépissier à Nairobi, ce dernier étant alors en poste au Kenya pour la Banque Indosuez. C'est à Kigali que la vue de Mathé se détériore fortement du fait de sa rétinite pigmentaire bilatérale : ses yeux se ferment peu à peu. 

Puis Jacques est convoqué, en 1986, à Rome par le docteur Édouard Saouma, de nationalité libanaise, directeur général de la FAO qui lui annonce qu'il a l'intention de l'intégrer dans le corps des Représentants de la FAO. Ce sont des postes diplomatiques de rang de chef de mission, comme un ambassadeur. Il y a, à l'époque, environ 70 représentants de la FAO pour 1 200 experts de par le monde. 

Avec l'accord des gouvernements respectifs, Jacques Lépissier est nommé représentant de la FAO près de Madagascar et de Maurice, pour trois ans avec une prolongation éventuelle de deux ans. Après les formalités du déménagement et de passation de service à Kigali, Mathé et Jacques s'installent, fin 1986 à Antananarivo dans une superbe villa de huit pièces, avec un immense salon donnant sur une terrasse bordée de balustrades et un jardin de 5.000 m² en pente douce vers un petit lac baptisé Mahazoarivo, et à dix minutes du bureau de Jacques.

Malheureusement, Jacques et Mathé sont obligés, après quelque temps, de déménager : la toiture de la villa n'est pas étanche. La nouvelle maison encore plus grande, avec 6 chambres, se trouve à une vingtaine de kilomètres de la première, proche de l'aéroport d'Ivato et de l'autre côté du petit lac Antanétibé. 

En 1991, Jacques Lépissier arrive au terme de son affectation de 5 ans, temps maximum généralement admis pour une nomination de Représentant de la FAO. Sur le plan théorique, il peut encore faire 2 ½ ans de carrière au sein de la FAO, dans un autre pays. Sur le plan pratique, il lui manque encore uniquement 7 mois pour faire le plein de ses droits auprès du fonds de pension des Nations Unies.

Mais la vue de Mathé se détériore grandement. Mathé et Jacques envisagent alors de rentrer en France. Jacques réussit à négocier avec la FAO une prolongation de 7 mois à Madagascar contre une décision de mise à la retraite à l'expiration de cette prolongation.

Mathé et Jacques Lépissier quittent Madagascar à la fin de cette prolongation et rentrent en France. Ils s'installent dans leur appartement d'Olivet et Jacques prend sa retraite.

Mathé perd complètement la vue et Jacques rencontre également de graves problèmes ophtalmologiques.

Jacques décède le 4 septembre 2009 à Olivet. Le 15 janvier 2010, à la suite du décès de Jacques, Mathé, aveugle, s'installe à Mbabane, la capitale du Swaziland où vit son fils Laurent, également aveugle, avec sa femme et sa fille.

Mathé décède le 25 avril 2018 à Mbabane.

 

 

 

 

 

Le livre 'De Guénako à Excellence', écrit par Jacques Lépissier, et retraçant sa carrière se trouve sur l'onglet suivant.

 

 

 

 

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